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Les grands noms de l'animation japonaise :1980 - Aujourd'hui
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Astron
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 Message Posté le: 09 Déc 2007, 21:43    Sujet du message: Les grands noms de l'animation japonaise :1980 - Aujourd'hui
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Allez, dans la foulée je vais vous passer un autre de mes gros dossiers. Celui-ci est en cours de réalisation mais la première partie ( sur 3) est terminée donc je vais vous la donner. Je poste dirtectement ici car il n'a pas encore été publié ( on attend l'entièreté du dossier). Vous excuserez la mise en page, je peux pas faire meiux. DE plus j'ai mis uploadé des images sans les redimensionner, donc c'est parfois un peu trop grand ( et lourd pour les png...). Désolé.

Bonne lecture.

Quelques grands noms de l’animation japonaise : 1980 – Aujourd’hui


Introduction

Durant l’écriture de mon dossier « Ghibli », je me suis plusieurs fois demandé pourquoi je me limitais à ce studio. Une réponse évidente pourrait être la suivante : affinité personnelle. Mais avec un peu de réflexion, il existe une grande série de noms qui ont irrémédiablement marqué ma mémoire. Pourquoi ne parlerais-je pas de ces grands noms ? Ils le méritent après tout.

Ainsi nous parlerons dans ce dossier relativement ambitieux de plusieurs grands réalisateurs japonais ayant laissé leur emprunte dans le monde de l’animation. La liste sera évidemment non exhaustive puisqu’elle dépend essentiellement de mes appréciations et connaissances personnelles mais j’ose espérer pouvoir balayer les travaux des principaux protagonistes. Mon choix s’est donc porté sur 3 d’entre eux, à savoir : Katsuhiro Otomo, Satoshi Kon et enfin Mamoru Oshii. Trois hommes aux talents immenses et dont les destins ne sont pas totalement indépendant l’un de l’autre. J’aurai souhaité parler également de l’élève d’Osamu Tezuka, Rintaro ainsi que de Koji Morimoto, collaborateur de longue date d’Otomo. Mais mes connaissances ne sont pas assez complètes pour vous offrir des commentaires sur leurs productions. Sachez seulement que leur mérite est au moins égal à celui des 3 hommes auxquels je m’intéresse. Toutefois, je n’exclue pas la possibilité de futures parties les concernant.

Le but de ce dossier est d’offrir au lecteur une source d’information récapitulant les grandes productions issues des réalisateurs ayant le plus marqué le milieu qui nous intéresse. Les œuvres seront abordées de manière chronologique avec un minimum de mise en contexte. Et si nous nous intéresserons majoritairement à des films d’animation, je m’attarderai également sur quelques mangas importants et films live. De plus ce dossier se veut plus réfléchi qu’informatif, dans le sens ou chaque production sera analysée avec plus ou moins d’attention et ce dans l’optique de comprendre ce que leurs créateurs ont pu apporter, comprendre leur vision, comprendre ce qui fait d’eux des noms incontournables. Les principaux objectifs de ce dossier seront donc le fond, le contenu et le background.
Je vous souhaite donc une bonne lecture et un bon voyage au travers de ce gigantesque hommage personnel et passionné.

Première partie : Katsuhiro Otomo



Quoi de mieux pour commencer un tel dossier que de s’attaquer à l’une des figures les plus révolutionnaires et visionnaires du monde de l’animation. J’en viendrais presque à trembler à l’idée de parler de l’œuvre d’un homme qui a changé à jamais la vision que j’ai du monde de l’animation et du manga. Mais assez d’éloges et passons aux choses sérieuses.

Le dénommé Otomo n’en est plus aujourd’hui à ses premiers coups d’essai, son expérience est suffisamment grande pour le hisser au rang de maître sans aucun doute possible. Celle-ci va d’une production de manga importante à la réalisation de film d’animation en passant par la réalisation de quelques films live également. Son œuvre la plus connue est sans conteste Akira. Manga et film d’animation aussi puissants que controversés, il dépose dans cette œuvre visionnaire toutes ses plus grandes idées et dépeint un monde apocalyptique comme il aime à imaginer à plusieurs reprises. Sur nombre de ses œuvres, une idée directrice commune jaillit et frappe avec perte et fracas, une critique virulente et néanmoins pertinente de la science autant du point de vue purement factuel que du point de vue humain.

Après une vie tournée autour de ses passions pour l’histoire et l’art sous toutes ses formes, Otomo entame sa carrière entre travaillant pour le compte d’éditeurs. La majorité de ses travaux consiste en une suite de production courte où commence à se dessiner déjà ses thèmes de prédilection. Très vite il touche à de nombreux domaines différents : il anime des films d’animation, dessine des commandes de manga et même réalise un film live. C’est en 1980 que sa carrière prendra un tournant décisif et le début de sa renommée mondiale. C’est en effet en cette année que commence la production du manga Dômu, œuvre majeure de la bande dessinée japonaise reconnue mondiale comme chef d’œuvre.

A) Dômu (1980)



C’est avec ce manga que l’on découvre les préoccupations humaines les plus importantes d’Otomo et son meilleur moyen de l’exprimer : la psychokinésie. L’intrigue de Dômu dévoile une série de meurtres étranges perpétrés dans la banlieue tokyoïte. Les victimes ont toutes été violemment assassinées dans le même quartier par un inconnu ne laissant aucune arme du crime ni même de traces de sa présence sur les lieux. Le quartier n’est d’ailleurs pas anodin puisqu’il abrite en son sein une curieuse abondance de cas « sociaux », autant d’autistes, de vieux fous, d’enfants à problèmes et d’hommes violents. La police est complètement dépassée par ces évènements inexplicables aux allures de suicides. Rapidement, le manga nous ouvre les yeux sur la situation réelle de cette banlieue et sur les actions étranges d’une enfant aux pouvoirs kinétiques puissant qui tente d’empêcher ces meurtres en se mettant sur la route du responsable : un vieil original ayant lui aussi développé certains pouvoirs.

La violence des évènements et le rythme effrénée ne laisse aucun répit au lecteur qui tente de s’y retrouver et d’agripper la moindre parcelle de bon sens qu’il peut trouver. Car Dômu est un manga difficile à cerner tant la violence, autant mentale que physique, mise en image choque et semble cacher un propos bien mystérieux et néanmoins sérieux. En réalité ces comportements violents sont la clé de la compréhension. Comme je l’ai dis le choix des lieux est important : en mettant en scène cette banlieue pour le moins étrange où de nombreux cas permettent aux ragots les plus honteux de proliférer, Otomo cherche à nous mettre en garde contre les réactions que peuvent engendrer cette pression mentale et sociale. En se plaçant dans un contexte fantastique, il imagine ces réactions par l’expression psychique et des pouvoirs paranormaux. Les plus atteints par cette pression sociale étant naturellement les êtres les plus vulnérables, il semble logique qu’une enfant innocente et un vieillard rancunier et complètement gâteux soit les acteurs principaux. Le sous-titre « Rêves d’enfant » souligne à merveille cette idée. Ainsi, ne pouvant plus supporter sa situation oppressante, le vieil homme décide, pour s’amuser, de manipuler le destin des autres et trouve distrayant de les faire mourir atrocement.

Violence choquante et insupportable, rythme étouffant, graphisme réaliste et détaillé, découpage quasi cinématographique et mise en scène très visuelle font de ce manga une pièce maîtresse et révélatrice du talent d’Otomo.

B) Manie-Manie (1987)

Lorsque qu’un producteur décide de rassembler trois réalisateurs de génie et de légende autour d’un même lieu imaginatif - Neo Tokyo - et d’un même thème - la mort - cela donne Manie-Manie. Triptyque halluciné et hallucinant, cette oeuvbre est donc composée de trois moyen métrages réalisés par Rintaro, Kawajiri et bien sur Otomo. Chacun dut mettre en scène une courte histoire ayant pour contexte géographique Neo tokyo. Il s’agit donc d’une œuvre essentiellement futuriste propice aux imaginations les plus folles.



Le premier moyen métrage s’immisce en fait entre les deux autres. Il introduit l’œuvre, sert de transition entre les 2 autres courts et sert de conclusion. Réalisé par Rintaro, il est le plus difficile à appréhender de par son ambiance étrange et presque cauchemardesque. Il est une sorte de transcription de Alice au pays des merveilles où l’héroïne décide de quitter une vie morne pour passer de l’autre côté du miroir et découvrir un monde intriguant, dérangeant et pourtant fascinant.

Le second est plus abordable mais ne manque pas de surprise pour autant. Dans celui-ci, Kawajiri se demande jusqu’où est capable d’aller un pilote pour satisfaire sa volonté de gagner. Dans Neo tokyo, un pilote ne cesse de gagner ses courses alors que ses concurrents voient tous leurs véhicules exploser mystérieusement avant l’arrivée. Totalement obsédé par la victoire, le pilote en vient à développer des pouvoirs psychiques si puissants qu’ils détruisent tout sur son passage tant sa folie devient gigantesque sur la piste. Et si cette volonté de gagner n’était finalement que l’expression de sa fascination pour la mort ?

Enfin le dernier film n’est surement pas le moins intéressant. Dans un futur proche, Otomo envoie son héros en mission de surveillance dans un énorme chantier totalement autonome et géré par des robots uniquement. Arrivé sur place, il découvre que le comportement des robots est très étrange. Tous sont en piteux état, certains semblent même s’obstiner à réaliser des taches complètement absurdes. Il décide alors qu’il est temps de stopper le chantier pour éviter toute catastrophe éventuellement due à l’obstination de ces robots vétustes. L’horreur commence lorsqu’il se rend compte que les robots ne sont pas prêts à le laisser interférer avec leur mission de construction...ou de destruction. Car finalement, même si cela fut inconscient, les scientifiques à l’origine de ce chantier n’ont fait que mettre au point ce qui pourrait bien être leur propre fin et les robots feront tout pour terminer le chantier, leur seule raison d’être.
Ce moyen métrage est l’occasion pour Otomo de commencer à entrer plus en profondeur dans les thèmes qui lui tiennent à cœur. Déjà avant Akira, il montre un goût certain pour une vision pessimiste du futur et malmène totalement la science en pointant d’un doigt accusateur ses dangers. La question ici est de savoir comment pourrait se comporter une entreprise totalement automatisée, voire même de savoir si un seul robot peut être gardé sous contrôle en permanence sans aucun risque. La science actuelle évolue à une vitesse fulgurante et nous sommes en droit de nous demander si cette rapidité n’est pas dangereuse. Tel l’homme assassinant son propre créateur divin, le robot pourrait bien être notre Némésis. Ainsi, notre volonté de mourir serait capable de s’installer dans notre propre création.

C) Akira (1982-1990/1988)

Avant d’aborder plus en profondeur cet œuvre majeure du manga et de l’animation, je vous propose de revenir sur son contexte afin que les néophytes ne soient pas perdus dès les premières lignes.

2019, Néo-tokyo, nouvelle capitale d’un Japon dévasté par la 3ème guerre mondiale. Une mégapole en pleine décadence, pourrie par la corruption et la délinquance. Un soir, Kaneda Shotaro et Tetsuo Shima, jeunes motards drogués, vulgaires et grossiers, sillonnent la ville en moto avec leur gang, jusqu'à ce que Tetsuo subisse un accident en essayant d'éviter un étrange jeune garçon à la peau bleue. L'armée intervient, embarque le petit être bleu complètement apeuré et emmène également Tetsuo pour lui faire subir des tests psychiques et contrôler son état après son « contact » avec le petit garçon. Une fois relâché, Tetsuo n'est plus le même, il devient violent, en proie à de sévères migraines et se découvre des pouvoirs psychiques particuliers. Inquiet de cette situation, Kaneda décide d'en apprendre plus sur ce qui s'est passé, il découvre ainsi l'existence d'un projet scientifique ultrasecret nommé Akira, dont le but est de maîtriser une puissance phénoménale.



Ce contexte post-apocalyptique est l’occasion de comprendre comment un pays situé au fond du gouffre est encore capable de s’accrocher à un rêve futile et inaccessible, comment des enjeux géopolitiques peuvent émerger autour d’une promesse de puissance, comment la science peut aussi bien créer des miracles que provoquer les pires catastrophes dans son obstination maladive à comprendre ce qui la dépasse et enfin comment l’espèce humaine peut causer sa propre déchéance et patauger sans fin dans sa propre merde.

Outre son talent indéniable pour la mise en scène et son obsession du détail et de la crédibilité, Otomo est donc également un penseur. En ce qui concerne les pouvoirs psychiques de certains personnages, Il reprend ici ce qu’il avait déjà tenté avec Domu. Les possesseurs d’une telle puissance ne sont pas des gens normaux ; ils sont tous le résultat des échecs de la société humaine ; ils sont comme des soupapes par lesquelles s’échappe la pression accumulée durant des années. Parfois, il arrive qu’on puisse les tenir sous contrôle (les enfants bleus), mais parfois aussi une soupape n’est plus en mesure de supporter cette pression et explose ( Tetsuo).
Evidemment, la drogue a également son rôle à jouer dans cette histoire. Si Otomo n’est pas là pour faire la morale à ses consommateurs, il n’hésite pas à oser mettre sur le dos de la société humaine la responsabilité de sa prolifération. En effet, dans un lieu où les gens et surtout les jeunes sont acculés, privés de tous leurs espoirs et relégués au rang de déchets, la drogue, tout comme l’alcool, est un moyen simple de faire disparaître un moment ces soucis. Et lorsqu’elle ne sert plus à oublier, elle trouve son utilité dans le rassemblement des gens. Ainsi, le culte qui se développe autour d’Akira et mené par Tetsuo est entretenu par ces substances illicites sensées apporter une parcelle du pouvoir d’Akira à ses consommateurs. Le message est clair.



Quant à Akira lui-même, ce petit garçon semble défier toutes les lois physiques par sa capacité à invoquer une source d’énergie semble-t-il inépuisable et aux capacités infinies. La manière dont il a stoppé la troisième guerre mondiale en faisant exploser Tokyo en est la preuve et par la même occasion il devint le symbole d’une peur incontrôlable pour tout le reste de la planète. Otomo fait ici clairement référence aux fameuses bombes atomiques lancées sur Hiroshima et Nagasaki. Par la démonstration d’une puissance redoutable et dévastatrice (bien qu’elle soit involontairement provoquée par les erreurs des scientifique dans le manga), les américains marquèrent la fin de la seconde guerre mondiale. Encore aujourd’hui, cette bombe atomique reste un moyen de pression militaire et inspire une peur viscérale chez les opposants.
Mais au-delà du symbole historique, Akira est encore bien plus que cela. En réalité, ce petit enfant aux allures tout à fait innocentes, cette icône de puissance n’est au final qu’une métaphore d’un pouvoir qui sommeille en chaque être humain, et la fin du manga, accompagnée de la phrase « Akira est encore vivant en chacun de nous » est un grand message d’espoir. Malgré tout ce pessimisme sans pitié, Otomo parvient à garder espoir et montre que l’on peut encore croire au potentiel humain si l’homme est capable de prendre ses responsabilités pour ses propres actes et faire face aux atrocités qu’il a lui-même commises.

D’autres l’auront peut-être déjà remarqué, mais il est possible d’aller encore plus loin dans l’analyse en se servant d’un outil qui me tient à cœur : la volonté de puissance de ce cher Nietzsche. Ce concept philosophique fut inventé par ce vieux syphilitique à moustache pour tenter de comprendre le monde d’un point de vue nouveau. La volonté de puissance consiste en une pulsion fondamentale à l’origine de tout comportement, elle se manifeste selon les caractéristiques de chacun, la violence du guerrier, la passion de l’artiste ou encore les ambitions dévorantes d’un politicien. En partant du principe qu’Akira représente cette volonté de puissance, on corrobore la phrase suscitée et on est également en mesure d’en comprendre un peu plus sur Tetsuo et Kaneda.



Au départ amis d’enfance, Kaneda et Tetsuo sont amenés au fil des chapitres à se combattre, voire à s’entretuer. Le premier refuse de voir son ancien ami se comporter en monstre tandis que l’autre exulte de sa nouvelle puissance et peut enfin prendre sa revanche sur ce garçon qui n’a cessé de le prendre pour un enfant, un petit être inférieur incapable de se débrouiller soi-même. La volonté de puissance de chacun, autrement dit le pouvoir d’Akira, s’exprime ici de manière totalement opposée chez ces deux jeunes. Tandis que Kaneda ne développe aucun pouvoir particulier, il fait montre d’une détermination à toute épreuve et d’un courage sans commune mesure, signes d’une volonté forte. Sa tête brulée et ses idéaux d’amitié le mènent à affronter la montagne qu’est devenu Tetsuo quoiqu’il lui en coûte. De l’autre côté, après son contact avec l’un des enfants bleus, Tetsuo voit sa puissance psychique grandir rapidement, lui donnant les moyens de réaliser ce qu’il fut jusque là incapable de faire : montrer à Kaneda et à l’humanité qu’il n’est pas un faible. Cependant son instabilité mentale et sa soif infinie de puissance le mènent à l’inévitable. Très vite, il n’est plus en mesure de se contrôler et la puissance sans cesse grandissante qu’il avait acquise finit par prendre le contrôle de son corps. Tetsuo est ce que Nietzsche appellerait le « dernier homme », l’homme le plus faible qui est incapable d’accepter sa situation d’infériorité par rapport aux hommes « forts » tels Kaneda, à tel point qu’il développe un ressentiment profond envers ces hommes supérieurs , si profond que sa propre volonté de puissance ( le pouvoir d’Akira, pour ceux qui ne suivent pas) se retourne contre lui et n’a pour effet que de blesser les autres et lui-même à fortiori.
N.B : Il ne faut pas voir dans cette analyse une volonté claire d’Otomo de faire référence à Nietzsche. Ce n’est probablement pas le cas, mais l’intrigue qu’il développe présente de nombreux aspects explicables à travers sa philosophie.

[IMG]http://img468.imageshack.us/my.php?image=akirabikeko0.jpg[/IMG]

Je n’irai pas plus loin dans cette analyse détaillée de l’œuvre d’Akira. Pour parler du film d’animation, signalons simplement que s’il ne retranscrit pas la totalité du manga et évince une certaine quantité d’éléments, son mérite est avant tout de proposer des techniques d’animation hallucinantes pour l’époque, de développer une intrigue néanmoins réfléchie et un panel de personnages remarquablement bien développés pour un film de si courte durée. Aussi, il est le premier film japonais à passer les frontières pour arriver chez nous malgrés la violence visuelle et sonore qu’il déverse en quasi permanence. Akira est un grand film d’animation de part son message, ses images, sa musique, ses personnages et son incroyable réalisme totalement dénué de pitié. Une véritable œuvre d’anticipation à la fois impressionnante et terrifiante tant elle est proche de nous et de notre histoire.

D) World apartment Horror (1991)


Ce film est la seconde réalisation en prise de vue réelle de Katsuhiro Otomo . Avec cette production, Otomo en profite pour s’éloigner quelque peu de ses thèmes habituels pour se concentrer sur un film plus classique teinté d’humour et assez personnel. A noter qu’il a co-scénarisé ce film avec Satoshi Kon dont le travail sur les décors de Roujin Z l’a fortement impressionné.



WAH (world apartment horror) développe son intrigue autour d’une vieille bâtisse appartenant à des yakuza. Celle-ci devant être rasée, la mafia envoie le jeune Itta se charger de l’évacuation des lieux, son prédécesseur ayant échoué en tombant dans la folie. La tache semble a priori simple d’autant que les habitant ne sont que de pauvres étrangers (coréens, indiens, etc.) , il lui suffit de débarquer sur place et de jouer le rôle du méchant yakuza, violent, vulgaire et roulant des « r ». La technique échoue malgré ses efforts, il décide donc d’utiliser tous les moyens possibles pour les faire partir…jusqu’à ce qu’un esprit hantant les lieux décide de se charger de lui.

Plus de science, plus de vision apocalyptique, plus de robots ou de pouvoirs psychiques, WAH est un film simple se concentrant sur l’intégration des étrangers. Il faut dire que la japon a un réel problème avec ses relations internationales. Si le gouvernement n’est pas vraiment la victime dans ce film, il s’agit plus d’un comportement général des japonais vis-à-vis des étrangers, les Gaijin. Le Gaijin est très vite remarqué et il n’est pas toujours désiré car il ne comprend pas les mœurs japonaises. Otomo cherche donc à prôner l’ouverture d’esprit et la tolérance. Choses qu’Itta apprendre progressivement. Et même plus, la thématique du film est également celle de l’entraide et de l’altruisme, même si la manière de les introduire est peu commune.

E) Roujin Z (1991)



Ce nouveau film d’animation n’est pas une réalisation du maître mais son emprunte est si profonde qu’il est difficile de passer outre. Pour cette œuvre, Otomo s’est chargé du scénario, du chara design, du mecha design et supervisa le projet. Il confia la réalisation à Horoyuki Kitabuko. Vous avez compris, s’il n’est plus aux commandes, sa patte est bien là et nous nous devons d’y jeter un œil.

Ce que nous offre Otomo c’est une œuvre d’anticipation plutôt originale puisqu’elle se centre sur la promotion d’un assistant pour personne âgée totalement automatisé. Le dispositif se présente sous la forme d’un lit ultra sophistiqué capable de lui préparer son repas, de le servir, de le laver, de changer sa couche, de surveiller ses constantes vitales, de procurer des traitements médicaux de base et le tout est relié au net en permanence. Durant la démonstration du dispositif, l’héroïne du film, ex infirmière particulière du vieillard qui sert de cobaye, ne peut supporter la vue de ce vieil homme complètement dépassé par les évènements et faisant plus figure de loque humaine dans ce lit qu’un véritable humain. Elle décide alors de libérer l’ancien patient qu’elle avait appris à apprécier. Mais les choses ne sont pas aussi simples et la machine solidement reliée au vieil homme ne semble pas vouloir lâcher prise. Très vite cette dernière semble même se comporter telle la défunte femme du vieillard, exécutant tout ses désirs, allant même jusqu’à modifier ses propres composants et capacités pour mieux le satisfaire. Commence alors une course poursuite entre la machine devenue totalement incontrôlable, la jeune infirmière inquiète et les autorités locales.



Décidemment, Otomo a plus d’un tour dans son sac et son obsession pour la science et ses dérives resurgissent une fois de plus. Mais si l’idée du robot devenu indépendant et menaçant pour la société est maintenant relativement comune, le thème qu’elle sert fait preuve d’une grande originalité. Le nouveau problème de société auquel s’attaque Otomo est celui du traitement des personnes âgées. Un problème que nous connaissons très bien : passés un certain, ils sont mis en maison de repos et rares sont les occasions où la famille leur rend visite. Ils deviennent un boulet dont on ne veut plus entendre parler et les infirmières deviennent leur seul contact chaleureux. La question qui est posée ici est la suivante : et si l’on pouvait construire une machine capable de remplacer les infirmières, afin que ces personnes vieillissantes ne soient plus forcées de rester enfermées dans ces maisons de retraire. La science robotique en est devenue capable et ce dispositif si ingénieux nous le prouve. Malheureusement il prouve une autre chose également : la science ne peut fournir le contact humain si indispensable, si chaleureux, si réconfortant. Et si l’intelligence artificielle peut recopier la personnalité d’un proche avec plus ou moins de fidélité, son échec est inévitable car il lui manquera toujours quelque chose, un corps humain véritable ou tout simplement un peu d’humanité.

F) Memories (1995)


Après 4 ans d’inactivité, Otomo revient sur le devant de la scène avec un nouveau projet encore plus dingue. Attiré par le concept du triptyque qu’il avait déjà expérimenté sur Manie-Manie, Il décide de superviser la production d’une œuvre de ce type qui doit porter le nom de Memories. Objectif : réaliser une série de films capables de dépasser les limites de l’animation japonaise. La barre est donc placée haut et pour l’atteindre il choisit de s’entourer de plusieurs génies tels que Koji Morimoto (ayant travaillé sur Animatrix entre autre) et son ami Satoshi Kon. Sujet Commun : La tragédie. Un sujet particulièrement osé, qui mérite toute l’attention des 3 réalisateurs convoqués et que nous allons nous faire une joie de retracer à travers chacun des 3 films. Ceci dit je reviendrai sur l’un d’entre eux par la suite (pour analyser le travail de Satoshi Kon sur le scénario du 1er film).
Nous avons donc à nouveau 3 réalisateurs pour 3 films radicalement différents



Magnetic Rose

Koji Morimoto est chargé de réaliser le 1er épisode, Magnetic Rose, en collaboration avec Satoshi Kon au scénario, Yoko Kanno à la musique et sur base d’un travail de recherche d’Otomo. Avec tant de grands noms dans le staff, le film ne pouvait être qu’une réussite totale. Et il l’est.

L’intrigue prend place à la fin du 21ème siècle, l’espace autour de la Terre est devenu une véritable poubelle. Pour le nettoyer, des éboueurs spatiaux sont engagés. L’une de ces équipes passe au hasard de leurs missions à proximité d’une étrange épave. Un signal SOS bien curieux les interpelle, une chanson d’opéra. Intrigués par ce signal et obligés par le règlement spatial, ils se rendent sur place pour vérifier si des survivants y sont encore. Une fois entrés, Heinz et Miguel envoyés en éclaireurs découvrent un lieu désert…désert oui mais pas en parfait état. Et quel état ! Cette épave renferme en réalité une demeure richement meublé et des décors somptueux, ayant appartenue à une ancienne Diva issue de la noblesse. Pourtant, cette demeure ne semble pas totalement vide, très vite les 2 hommes croient apercevoir des personnes bien réelles, dont la fameuse Diva. Alors commence le rêve pour Miguel dont la fascination pour la cantatrice ne cesse d’augmenter, tandis que Heinz entre en plein cauchemar. Tous deux pris dans une vaste illusion issue des souvenirs de la bella dona. Qu’est-ce qui est réel ? Qui est cet Eva qui ne semble rien avoir d’un fantôme ? Pourquoi sont-ils retenus prisonniers dans cet énorme piège ? Telles sont les questions que la fin doit élucider.



Rien d’étonnant à ce que ce film ait été imaginée par Otomo. De la science-fiction, un réalisme sidérant, un ordinateur devenu obsédé par les souvenirs d’une humaine et son amour perdu, une inspiration claire de 2001 L’odyssée de l’espace de Stanley Kubrick et Arthur C.Clarcke , voire même des œuvres de Philip K.Dick, une réflexion poussée, nous sommes bien dans son univers.
En écrivant l’histoire originale, le but d’Otomo est d’élaborer une tragédie centrée sur les souvenirs d’un amour perdu. L’ordinateur de la « Rose magnétique » qu’est le vaisseau enregistra non seulement tous les souvenirs d’Eva mais garda d’elle sont obsession pour son défunt amour. Pour assouvir cette obsession, l’Eva virtuelle n’a d’autre choix que de tendre une piège illusoire dans lequel se prendrait un visiteur éventuel. Il suffit d’un amour destructeur, seul résidu émotionnel d’une mémoire virtuelle et d’un homme cherchant à oublier les blessures d’un passé douloureux pour que s’installe la souffrance. D’ailleurs La Rose est en fait un symbole fort pour désigner l’amour rongeant une âme meurtrie. Mémoire et amour se confondent pour ne produire qu’un bonheur destructeur menant au chaos.



Stink Bomb

Rien de mieux pour détendre l’atmosphère qu’une comdédie satirique à l’humour noir acéré et particulièrement efficace. Stink Bomb est le second segment du triptyque et réalisé par Tensai Okamura, spécialiste de la comédie. Si le premier segment en mettait plein la vue grâce à un déluge d’images toutes plus somptueuses les unes que les autres, mêlées à un tourbillon d’motions, Stink peut presque choquer par son classicisme. Le dessin n’est pas exceptionnel, l’animation non plus bien que de très bonne facture, il n’y pas de dramatisme ni de scénario très développé. Non tout l’intérêt de ce segment repose dans son côté humoristique et satirique.



Un matin, Nobuo Tanaka un laborantin d’une société pharmaceutique se rend à son boulot alors qu’il doit supporter un mauvais rhume dont il n’arrive pas à se débarrasser. Ses collègues lui indiquent que le patron détient un nouveau médicament contre la fièvre, qu’il s’empresse d’aller demander aussitôt qu’il le peut. Un peu fatigué, il décide de faire une petite sieste en salle de repos…mais lorsqu’il se réveille les lieux sont vides, tout le monde est évanoui par terre. Lorsqu’il enclenche l’alarme anti bactériologique, un terminal informatique le met aussitôt en relation avec le PDG qui bien sur explose de rage en apprenant ce qui vient de se passer. Ce dernier lui demande d’amener les fameux médicaments à Tokyo. Très vite, Nobuo se rend compte que partout il se rend, tout le monde tombe comme des mouches…sans pour autant se douter de quoique ce soit. Et comble de l’ironie, cette épidémie qui semble atteindre tout le monde sauf lui fait pousser la végétation à une vitesse fulgurante…en plein hiver. Ce qu’il ignore c’est qu’il est devenu une arme bactériologique. Les gens et animaux meurent, les plantes envahissent les villes, aucune arme ne l’atteint…et Nobuo avance jusqu'à Tokyo, ne se doutant de rien…



Stink Bomb est avant tout un énorme pied de nez envers toutes les hautes institutions. En reprenant le thème de l’armement à travers la recherche scientifique, cher à Otomo, le film fait preuve d’une ironie rarement égalée. Alors que le produit ingurgité par Nobuo devait être une arme bactériologique, il se transforme dans son corps pour devenir la défense ultime. Les gaz que dégage son corps ont pour effet de dérégler n’importe qu’elle arme à proximité en même temps que les nuages jaunes de ce même gaz réduisent la visibilité à 0, empêchant tout tir à distance. Si personne ne peut l’abattre à distance ni l’approcher à moins de mourir instantanément, Nobuo est donc d’autant plus intouchable qu’il extermine toute vie non végétale à proximité de lui. Cependant qu’el est l’intérêt d’une arme ? Elle a beau être très puissante, si elle extermine les rangs ennemis aussi bien qu’alliés sans exception, cela est plutôt regrettable.
Et comble de l’ironie, ces mêmes vapeurs font pousser toute la végétation comme si l’arme voulait faire comprendre le célèbre « peace and love » hippy en offrant de grosses fleurs en signe de paix.
Finalement Nobuo parvient au QG de l’armée et remet ce qu’on lui a demandé…et en extermine les occupants malgré lui.
Stink bomb est bien aussi une tragédie, et plus précisément une comédie tragique tout à fait hilarante.

Cannon Fodder



Réalisé par Katsuhiro Otomo lui-même, le dernier segment est un court métrage des plus expérimental du point de vue graphique et même dans sa mise en scène. Il dépeint une ville dont l’unique but est de fabriquer, monter et utiliser des énormes canons dont l’unique but est d’anéantir un ennemi parfaitement inconnu. Sous règne dictatorial, les habitants n’ont d’autre choix que de se soumettre à la volonté du dirigeant. Tout le monde est persuadé du bien fondé de cette entreprise, il ne viendrait à l’idée de personne de la remettre en cause. Même les manifestants ne font que réclamer de meilleures conditions de travail. Les femmes travaillent dans les usines de montage, les hommes sont affectés principalement aux tourelles à canon s’ils ne font pas de taches diverses. Dans la ville. Les études des enfants sont totalement dédiées à l’apprentissage nécessaire au bon fonctionnement des canons. La physique de la balistique, la chimie des explosifs, l’ingénierie, l’histoire du pays, du dictateur et de son rêve.



Graphiquement le style est très étrange et s’éloigne de la production japonaise habituelle. L’univers développé rappelle fortement l’ex-URSS stalinien. Cette société totalitaire semble n’exister que pour satisfaire les lubies d’un dirigeant totalement absurde. La seule liberté admise est celle d’agir pour la victoire de la patrie sur un ennemi qui ne se montre jamais et qui n’existe probablement pas. Mais au-delà du despotisme, Otomo cible essentiellement notre propre société et son plus énorme travers : le conditionnement. Dans Cannon Fodder, les personnages ne pensent pas, ne remettent rien en question, ils acquiescent à tous les dires du gouvernement sans broncher et acceptent sans condition leur morne destin et leur vie pathétique. Et l’ironie du sort est finalement que tout cela paraît totalement inutile aux yeux éclairés du spectateur. Pourtant si le despotisme n’est plus à l’ordre du jour dans la majorité des grandes puissances mondiales, il n’empêche en rien que le conditionnement soit toujours présent, alimenté par une presse sous contrôle obscure, une télévision choisissant délibérément d’abrutir ses spectateurs, de sorte que nous aussi nous acquiesçons sans dire mot…cela aussi est le résultat de notre société de surconsommation, remarquablement représentée dans cette synthèse sociale qu’est Cannon Fodder.
C’est là que se trouve la tragédie de ce film : l’espoir d’une liberté future y est totalement absent tant que personne ne sera là pour réfléchir. Et c’est d’autant plus dur à admettre que cette vérité n’est pas loin de notre propre réalité.


G) Metropolis (2001)

Durant 5 années, Otomo ne fit jamais parler de lui depuis Memories. Pourtant, cette absence sur le devant de la scène n’est pas signe d’activité, bien au contraire. Alors qu’il prépare longuement son prochain film d’animation, il décide de s’accorder une pause et de participer à un autre projet : Metropolis. Cela fait quelques années qu’il cherche à adapter sur le grand écran le manga éponyme du père du manga : Osamu Tezuka. Malheureusement, Otomo estime ne pas avoir l’expérience nécessaire pour diriger à lui-seul le projet. Mais c’est sans compter l’aide que lui apportera son ami et collègue Rintaro avec qui il a repris contact peu avant la réalisation du film. Chacun se chargera de ce qu’il sait faire le mieux : Rintaro à la réalisation, Otomo au scénario. Le défit qu’ils se posent est de parvenir à produire un film d’animation mélangeant des décors et effets en image de synthèse et des personnages dessinés à la main basés sur le design rond et « rigolo » d’Osamu Tezuka. Pour mener à bien ce projet relativement ambitieux, ils contactent toute une série d’hommes de talents :
Yasuhiro Nakura (Laputa, Tenshi no Tamago) au character design, Suichi Hirata ( X, Ghost in the shell) à la direction artistique, et plusieurs artistiques musicaux dont le plus célèbre saxophoniste du japon Toshiyuki Honda. Bref, l’équipe de Metropolis est prestigieuse et promet de grandes choses.

Pour développer l’histoire, Otomo s’inspire de la trame principale du manga original pour en reprendre les personnages, leurs rôles et les liens qui les unissent. Ainsi elle prend place dans la grande ville qu’est Metropolis. Mégapole futuriste ultra moderne, elle est totalement indépendante, telle un état à part entière, gérée par un gouvernement. Symbole du triomphe de l’homme sur la nature, il ne lui manque plus qu’un seul élément pour être reconnue comme métropole la plus avancée de la planète : une tour gigantesque ultra luxueuse, la Ziggurat. Derrière sa construction se trouve un homme, le Duc Red, homme d’affaire ayant la main mise sur tout ce qui se passe à Metropolis, même son gouvernement. Ce même Duc Red commanda en secret à un scientifique excentrique la construction d’un robot féminin à l’image de la fille qu’il a perdue. Simple souhait sentimental ou dessin machiavélique ? Seule la suite du film peut nous le dire. Pourtant, au moment de sa finalisation, le fils adoptif du Duc et chef de la milice Marduk, Rock intervient pour détruire ce qui représente le dernier rempart entre lui et l’amour du Duc. Le bâtiment explose et la petite fille nommée Tima est retrouvée par un jeune garçon en visite à Metropolis, Ken Ichii. Commence alors une course poursuite entre Rock, Tima et le courageux garçon tandis que le Duc recherche désespérément l’objet de ses désirs.

Passons sur les grandes qualités visuelles, musicales, la qualité du scénario en tant que divertissement et le character design somptueux et entrons dans le vif du sujet qui nous intéresse réellement. Pour aller plus en profondeur dans notre autopsie de ce film, il est avant tout nécessaire que je vous décrive la ville Metropolis. Cette mégapole est divisée en plusieurs niveaux suivant le statut social des habitants. Tout en haut se trouve la Tour Ziggurat, habitée par le Duc Red, des scientifiques et les plus fortunés des habitants. Le reste de la surface de la ville, la Main Gate est habitée par l’aristocratie, le gouvernement. C’est la partie bourgeoise de la ville, luxueuse et moderne, où résident les gens qui « font avancer l’industrie ». En dessous se situe la Zone 1, lieu de résidence et de travail de la populace. Considérés quasiment comme des esclaves par les gens plus « importants »alors qu’ils sont ceux qui permettent la prospérité de la ville, ils n’ont aucune éducation, souffrent et rêvent de rébellion face à cette injustice sociale qui détruit leur vie. La Zone 2 est dédiée à la production électrique et énergétique de la ville, les ouvriers viennent y travaillent et remontent en Zone 1. Enfin la Zone 3 sert de service d’égouttage et dépuration des eaux, et de décharge. C’est ici que se tassent la plupart des robots de la ville, où ils ont pour rôle de garder en marche les différents systèmes. Les lieux sont quasiment en ruine, de même que les robots qui ressemblent plus à des boites de conserves ambulantes.

Les thèmes abordés dans Metropolis sont relativement nombreux. Commençons par le premier d’entre eux et le plus important. Dès les premières images, on nous le présente : l’apogée technologique de l’homme. D’après le Duc Red, l’homme est enfin parvenu à prouver son victoire contre la nature et cette victoire est représentée par la Tour Ziggurat fraichement construite. Mais étrangement, les seuls à pouvoir profiter de cette énorme avancée technologique sont les bourgeois, les riches. Dans Metropolis, les seuls à profiter des « bienfaits de la science sont les gens de la haute société, de la Main Gate. Qui plus est, cette fameuse victoire autoproclamée semble être quelque peu prétentieuse. Mais cette science est-elle si fiable ? On entre ici dans le thème clé de nombre d’œuvres Otomoesques : l’homme est incapable de maîtriser sa propre création, elle sort systématiquement de son contrôle, se retourne contre lui et entraine le chaos.

Autre thème moins important mais néanmoins violent et particulièrement critique : le fascisme et le totalitarisme et la révolte du peuple. Chacune de ces tendances humaines bien connues de l’histoire est représentée pertinemment dans le film. Le chef des armées rêve d’une guerre totale avec le reste du monde afin de prouver la valeur de Metropolis, l’idée est d’autant plus forte que le personnage est montré avec de véritables images d’archives. La milice Marduk est également présente pour illustrer ce thème sous ses apparences plus que suggérées de Gestapo, n’hésitant pas à s’attaquer à ce même peuple qu’ils sont sensés protéger. Et comme si ces hommes pourris jusqu’à la moelle n’étaient pas les seuls fautifs, Otomo s’attaque également au peuple désireux de mener une révolte. Révolte qui se fera obligatoirement dans le sang et la destruction. Ainsi, comme pour marquer leur détermination, leur leader n’hésite pas à faire démonstration en abattant un robot venant leur demander simplement de procéder dans l’ordre et le calme. Il est alors clair que ce peuple ne vaut pas mieux que son oppresseur et agit sans même réfléchir. Encore une fois la situation sociale semble apporter les raison sur le pourquoi d’une telle situation. Le pouvoir n’étant accessible qu’aux hautes sphères de la société, ses acteurs ne sont alors motivés que par leur cupidité a priori sans limite. Tandis que le peuple révolté n’a trouvé d’autre moyen que la violence pour se faire entendre. Rien d’étonnent à cette situation puisque ces gens n’ont aucune éducation et n’ont que la violence physique comme moyen d’expression rapide.



Enfin abordons le sujet de la robotique. Un produit typique et classique de cette science toute puissante dans Metropolis est la création des robots. Tous relégués au rang de simples objets destinés à ne faire que servir les humains, ils ont des tâches variées à accomplir comme le ménage, les aides d’enquête, la maintenance et des boulots stupides qu’aucun humain ne voudrait faire. Il ne viendrait à l’idée de personne que les robots puissent avoir des sentiments. Evidemment, cela se réalise dans le film qui nous intéresse. Un paradoxe bien connu de la science-fiction : les robots seraient capables eux aussi d’avoir des sentiments. Ainsi, une relation particulière, attendrissante, sincère et néanmoins tragique se développe entre Tima et le jeune Ken Iichi. De l’amour ? Peut être. Quoiqu’il en soit Tima ne pense plus qu’au garçon qui l’a protège et va jusqu'à se sacrifier pour lui. L’autre ne voit pas avant un moment que Tima n’est pas réellement humaine et la considère comme telle dès leur rencontre, preuve qu’un peu d’humanité est également visible dans les yeux d’un robot. FiFi n’en est qu’un autre exemple extrêmement pertinent. Ce petit robot de maintenance de la Zone 3 en forme de boite de conserve les trouvera dans la décharge et décidera de lui-même tout à fait naturellement de les aider, voire de les protéger lorsque le danger est présent. Personne n’aurait jamais pensé qu’une telle « chose » puisse être aussi gentille, incapable de faire de mal à une mouche. Peu importe, FiFi s’est trouvé des amis, quoiqu’on puisse en penser et il est bien décidé à aller loin pour les aider. Mais la question en suspend reste la suivante : comment ces robots ont-ils acquis cette humanité puisqu’ils ne sont pas programmé pour cela ? La réponse à cette question réside peut-être à nouveau dans la structure sociale et l’environnement dans lesquels ils se trouvent. Et si l’humanité pouvait s’acquérir par l’environnement dans lequel on se trouve pour peu que l’on ait de quoi réfléchir ? Dans ce cas on peut se demander de quel droit nous priverions les robots d’une place égale à celle d’un être humain dans la société.
Malheureusement, les robots ne sont pas des humains, le final sensationnel est là pour nous le prouver avec un force écrasante. Et à nouveau, malgré la vision d’apocalypse délivrée sous nos yeux, l’espoir est encore présent après le désastre comme toujours chez Otomo. Et ensemble, les robots rappellent qu’ils n’oublieront pas Tima, la plus humaine de tous les robots.



Comme conclusion à cette analyse thématique, il ressort que Metropolis est un brassage d’une multitude de thèmes déjà connus. Pourtant la manière dont ils sont traités est particulièrement intelligente. Vus indépendamment, ils n’ont que peu d’intérêt étant donné leur caractère de déjà vu. Mais pris ensemble et mélangés dans un cadre social précis, ils prennent un tout autre sens. Aussitôt, la complexité de l’œuvre apparaît et démontre que les réponses ne sont pas si simples à obtenir. Il faut fouiller et comprendre les liens qu’il y a entre chaque thème et les considérer en rapport avec le cadre décris car c’est précisément dans celui-ci que se trouvent toute la pertinence et la cohérence des propos.
Même s’il ne s’agit pas d’une œuvre aillant provoqué un tournant dans la carrière d’Otomo, il me semblait nécessaire d’aller aussi loin. Metropolis est une œuvre réellement mature sous couvert de son design mignon et enfantin et mérite une attention toute partculière.

H) Steamboy (2004)



Nous en venons enfin au dernier film de cette première partie du dossier et ce n’est pas le moins important. Dix ans auront été nécessaires à la création de ce film, dix ans durant lesquelles Otomo récupéra autant d’information que possible sur Londres, dessina un story-board complet et attendit d’avoir les moyens technologiques et financiers pour la réalisation. C’est la seconde fois qu’Otomo s’implique à ce point dans un projet depuis Akira en signant la réalisation, le concept original et le scénario (qu’il coécrit avec Sadayuki Murai).
Petite mise en bouche histoire de situer : Année 1851, en pleine Angleterre victorienne, l’humanité entre dans la révolution industrielle. Dans cette avancée scientifique, un savant du nom de Lloyd Steam et son fils Eddie découvrent grâce à la Steam ball le moyen de fournir une puissance que nul n’a encore jamais vue. Mais les savants sont parfois trop idéalistes et Eddie Steam n’échappe pas à la règle. Ainsi dans sa folie des grandeurs, il permet à des industriels véreux de mettre la main sur l’incroyable puissance de la Steam ball. Mais c’est sans compter l’intervention de son père qui n’hésite pas à envoyer ce bijou de technologie à son petit fils Ray, bercé dans les sciences depuis sa naissance et déjà un petit génie de la vapeur et de la clé à molette. Ainsi s’engage une course à la puissance où le jeune garçon tentera d’échapper à la fondation O’Hara, industriel de la vente d’armes, qui convoite le précieux objet. Croyant avoir réussi à rejoindre le professeur Robert Stephenson un savant de l’état à qui il devait remettre la Steam Ball, il est finalement rattrapé par la fondation et emmené vers une tour aux capacités inimaginables, là où réside une personne que Ray connait très bien.



Otomo n’en aura décidemment jamais fini avec la science. Après sa critique et sa mise à mort dans Akira, Memories, Roujin Z et Metropolis, Il décide de l’achever dans Steamboy. E choix de l’époque victorienne de l’Angleterre et de l’univers Steampunk n’est pas anodin car c’est au moment de la révolution industrielle que la science est passée au niveau supérieur. L’inventivité et l’imagination des savants n’en finissaient plus de construire des inventions toutes plus folles les unes que les autres. La technologie a réellement pris son envol à cette époque. Ainsi Otomo imagine ce qu’aurait pu être le monde du 19ème sicèle si la vapeur était devenue une source d’énergie sans égal.
Le travers auquel il s’attaque à présent est probablement le problème essentiel de la science : son but. Ainsi, Otomo montre dans son film toute une gamme de motivations différentes. A travers Ray, le spectateur est amené à faire son choix en vivant les mêmes expériences que lui. Aucune vision manichéenne des choses n’est donnée, le constat est que les conséquences de la science dépendent des mains qui l’utilisent et lorsqu’elle a accès au pouvoir, ces conséquences sont inévitablement désastreuses. Steamboy se déroule exactement au moment où la célèbre Exposition universelle (évènement réel) ouvre ses portes à Londres. Le principal sujet de cette exposition est la présentation des armes dernier cris. On découvre alors que les applications les plus importantes de la science sont les armes, la technologie au service de l’armée. Pas étonnant que la fondation O’Hara ait les yeux rivés sur la steam ball. Elle constitue la source d’énergie première de la Tour Steam, énorme et incroyable édifice conçue par Eddie et Lloyd Steam. Mais les visions des 2 savants s’avèrent totalement opposées, la tour devait au départ être un parc d’attraction ultra moderne selon le rêve du professeur Lloyd Steam. Son fils n’étant pas du même avis, il décide de doubler son père et de vendre le projet à la fondation O’Hara pour terminer la tour en tant qu’arme et en faire le symbole ultime de la puissance de la science. Si chacun estime que la science doit pouvoir profiter à tous, le plus vieux refuse de vendre son âme à des fabriquant d’arme et alimenter les guerres.



En s’échappant de la tour avec la steam ball, Ray parvient à nouveau à rejoindre le Pr. Stephenson et lui remet l’objet croyant le mettre entre des mains sages. Pourtant, les apparences sont trompeuses et Ray découvrira à ses dépend que l’état n’est pas plus éclairé et pacifiste que la fondation elle-même. En effet, aussitôt la boule entre leurs mains, ils s’empressent de la tester en vue de la placer sur des engins de guerres. Après tout les véritables acteurs des conflits mondiaux sont les états eux-mêmes et la science n’est que le moyen pour eux de dépasser leurs adversaires.

Après plusieurs péripétie, Ray récupère à nouveau la steam ball et tente de s’en servir pour rejoindre son père et son grand-père afin d’arrêter la tour Steam qui menace la sécurité de Londres. Seulement l’assistant du Pr.Stephenson n’est pas prêt à laisser passer l’occasion d’être reconnu mondialement. Son vœu avoué est d’ouvrir un atelier et y construire toutes sortes de machines dans l’unique but de récolter de l’argent et la renommée qui vient avec. D’autant plus qu’avoir à ses côtés le dernier descendant de la famille Steam serait un atout indéniable.



Alors le progrès mène-t-il au chaos sans aucune autre possibilité ? Le progrès n’est-il rien d’autre que le principal responsable de la déchéance humaine ? Le progrès pour le progrès ? La science pour la célébrité et l’oisiveté ? La science pour s’assurer la victoire ? Le progrès comme simple moyen de gagner de l’argent ? Steamboy ne se termine pas sur des questions et constats aussi négatifs. Le point de vue de Ray, et de son grand père, reste encore envisageable et viable. La science peut encore être le moyen d’améliorer le futur, d’améliorer la vie des humains. Comme d’habitude et pour reprendre une phrase de Moebius, Le film d’Otomo est un grain de sable qui ne fait pas qu’arrêter la machine, il la réduit en poussière. Et de cette poussière renaît un espoir qui semblait perdu.

Conclusion

Ceci signe la fin de cette première partie consacrée à Katsuhiro Otomo. J’espère vous avoir montré que l’homme dont je viens de présenter certains de ses travaux est bien l’un des plus grand maître de l’animation et du manga japonais. Chacune de ses œuvres est un petit bijou où il dépose une ou plusieurs réflexions. En plus d’être un réalisateur plus que convainquant, Otomo est un penseur passionné et inquiet au sujet de l’avenir de l’homme reposant entièrement sur la science. Dômu et World apartment Horror dépeignent aussi des sujets différents, des sujets de société, de misère humaine, de malaise social et même de vieillesse. Et il n’a pas fini de nous livrer son jugement.
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